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mercredi 17 avril 2024
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Repenser les médias africains en mobilisant leurs acteurs

Dans cette chronique sur l’avenir des médias africains dans une tendance générale à la numérisation, avec malheureusement des travers, l’influent Amadou Mahtar Ba (co-fondateur et président exécutif d’AllAfrica Global Media, propriétaire et exploitant du plus grand distributeur de nouvelles et d’informations électroniques sur l’Afrique à travers le monde) annonce l’institution d’un Sommet des leaders de médias pour dresser annuellement un état des lieux. 

Amadou Mahtar Ba, président exécutif d'AllAfrica Global Media
Amadou Mahtar Ba, président exécutif d’AllAfrica Global Media

Pour répondre aux appels pressants de nombreux professionnels des médias et acteurs de l’industrie du continent en faveur de médias libres, indépendants, professionnels et prospères en Afrique, AllAfrica Global Media lance une nouvelle plateforme dénommée AllAfrica Media Leaders’ Summit (AMLS).

Comme partout ailleurs dans le monde, l’industrie des médias en Afrique connaît aujourd’hui des bouleversements majeurs et fait face à des défis qu’il urge d’adresser de manière collective.

Ainsi, la première édition de AMLS, qui sera désormais un rendez-vous annuel des Leaders des Médias du continent, se déroulera du 24 au 26 octobre à Nairobi, avec le soutien du gouvernement de la République du Kenya. Cette rencontre s’inscrit dans une nouvelle ère et se veut un cadre tant voulu par AllAfrica de toujours rassembler les acteurs et partenaires de l’industrie.

Déjà, le 4 novembre 2008, jour de l’accession à la magistrature suprême du premier président afro-américain, Barack Obama, AllAfrica Global Media marquait l’histoire de son empreinte à Dakar. En effet, avec le soutien financier du Groupe de la Banque mondiale, de la Fondation Bill & Melinda Gates, d’Ecobank et de Coca-Cola, nous avions eu l’immense privilège de réunir une cinquantaine de dirigeants des médias parmi les plus influents d’Afrique pour lancer  le Forum des Leaders de Médias d’Afrique, ou en anglais African Media Leaders Forum (AMLF). 

Avaient pris part à la réunion de 2008  des figures éminentes comme Linus Gitahi, PDG du Nation Media Group au Kenya ; Nduka Obaigbena, fondateur et président du groupe THISDAY au Nigeria ; Maria Kivanuka, fondatrice de Radio One en Ouganda ; John Allen, directeur général d’AllAfrica ; le Dr Tendai Mhizha, stratège mondial et conseiller principal d’AllAfrica ; Arlindo Lopes, président de la Southern African Broadcasting Association (SABA) ; Boureima Sigue, fondateur de « Le Pays »au Burkina Faso ; Juliana Rakotoarivelo, directrice générale de Midi Maoga Sinana à Madagascar ; Kwasi Tum, PDG de Multimedia Group au Ghana et Ramanou Kouferidji, PDG d’Imanle Africa Television. 

À la suite de cette première édition, le Conseil d’administration de AllAfrica a transféré l’organisation du forum de AMLF à African Media Initiative (AMI), une initiative destinée à améliorer le paysage médiatique du continent.

AMLF a été  organisé avec succès lors des éditions de 2008 à 2015 avec les acteurs des médias. Notamment des journalistes influents, des rédacteurs en chef, des organisations de la société civile, des universitaires, des chefs d’entreprise. Ainsi que des chefs d’État et des dirigeants d’institutions les plus prestigieuses d’Afrique. Telles que l’Union africaine, la Banque africaine de développement et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). L’organisation a évolué passant de 50 participants au départ pour enregistrer à chaque édition plus de 500 participants. Mais, pour diverses raisons, AMLF ne s’est pas tenue les 8 dernières années.

La première édition de AMLS aura pour thème « Repenser les médias d’Afrique en période de mutations profondes ».  Pourquoi est-il essentiel de mettre sur pied une plateforme panafricaine pour rassembler les leaders de Médias ? Et pourquoi maintenant ? 

L’adoption de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) est largement perçue comme un changement de cap, avec un immense potentiel qui pourrait ouvrir une ère de développement et de prospérité.

Dans l’industrie des médias, la numérisation accrue, l’introduction de l’intelligence artificielle (IA), les campagnes de désinformation généralisées, ainsi que l’utilisation de « deepfakes », ont créé une nouvelle réalité et de nouveaux challenges dans un contexte où les risques de troubles civils et les conflits de tous genres se profilent à l’horizon.  D’où la pertinence d’un conclave annuel des dirigeants des médias d’Afrique pour appréhender et échanger sur des sujets primordiaux qui concernent l’ensemble du continent, et sur le rôle des médias. L’industrie des médias ne peut, de ce point de vue, faire l’économie des questions à enjeux comme :

1. La zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) 

Sa mise en œuvre offre aux dirigeants des médias des possibilités de collaboration transfrontalière, de partage de contenus et d’échange de talents. Par exemple, comment la ZLECAF pourrait faciliter la croissance de l’industrie, favoriser les échanges culturels et promouvoir l’image de l’Afrique dans le monde. 

2.  Création de contenus au niveau local

Avec cette nouvelle donne, les dirigeants des médias doivent élaborer des stratégies pour soutenir et amplifier les opinions locales, relayer les événements locaux et promouvoir les industries créatives sur le continent en favorisant un écosystème médiatique africain florissant. Notamment dans les domaines de la sécurité et de la consolidation de la paix, de l’autonomisation des femmes et de l’accès équitable aux services de santé. La création de la ZLECAF offre une opportunité pour améliorer la qualité, mais aussi la production et la distribution de contenus africains locaux.

3.  Développement des compétences et formation

L’évolution du paysage médiatique exige un développement continu des compétences et de la formation. Les dirigeants des médias doivent consacrer des ressources aux initiatives de renforcement des capacités, aux programmes de mentorat et aux plateformes de partage des connaissances afin de doter les professionnels des médias africains des compétences nécessaires pour qu’ils puissent réussir en ces temps difficiles. 

4. Numérisation

La numérisation rapide de l’industrie des médias a transformé les façons de créer, de distribuer et de consommer les contenus. Mieux, les façons de travailler. Les dirigeants des médias doivent discuter des méthodes d’adoption des plateformes numériques, de l’exploitation des médias sociaux, d’une part, et d’autre part, de l’exploration de techniques novatrices de narration numérique, afin de s’engager efficacement auprès du public.

5. Introduction de l’intelligence artificielle (IA)

L’intégration de l’IA dans l’industrie des médias a révolutionné des outils et des services tels que la création de contenus, les recommandations personnalisées et l’analyse d’audiences. Les dirigeants des médias doivent étudier et saisir les implications éthiques, les opportunités et les défis liés à l’adoption de l’IA afin de garantir une utilisation responsable et impartiale des technologies.

6. Fausses informations et désinformation

La prolifération des fausses informations et de la désinformation constitue un défi important pour la crédibilité des médias et la confiance du public. Les responsables des médias doivent collaborer à travers des initiatives de vérification des faits, promouvoir des programmes d’éducation aux médias et élaborer des stratégies pour lutter contre la diffusion de fausses informations, en sauvegardant l’intégrité du journalisme et son rôle dans la société.

7. Deepfakes

L’essor de la technologie des « deepfakes » qui permet de créer de fausses vidéos et de faux sons très convaincants suscite des inquiétudes quant à l’authenticité du contenu des médias. Les dirigeants des médias doivent discuter des techniques de détection, des lignes directrices éthiques et des cadres politiques pour faire face à l’utilisation abusive potentielle des « deepfakes » afin de maintenir le lien de confiance avec le public pour préserver la paix et la sécurité dans nos pays.

Au regard de tous ces défis, la tenue d’une réunion annuelle des dirigeants des médias d’Afrique, à laquelle se joindraient d’autres acteurs des médias, notamment des chefs d’État et des dirigeants d’institutions continentales, des universitaires, des représentants de la société civile et des champions du secteur privé, est importante aujourd’hui plus que jamais.




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