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vendredi 9 décembre 2022
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Chifolo Silué, le jeune ivoirien qui rêvait d’Europe, devenu roi du pavé de luxe avec sa holding

L’ancien candidat à l’émigration vers l’Europe réalise aujourd’hui plusieurs chantiers de BTP à Abidjan et dans le reste de la Côte d’Ivoire avec sa holding ACET

Mairies, sièges de société, villas de riches propriétaires Abidjanais ou de l’intérieur du pays. Le carnet des commandes de pavés du groupe ACET (Agriculture-Construction-Élevage-Transport & import-export) s’étoffe presque chaque jour. L’entreprise du jeune Chifolo Silué vient même d’ajouter la pose de caniveaux et de bordures à son champ de compétence. Et les premiers contrats dans le domaine n’ont pas attendu. Grâce notamment à son partenariat de sous-traitance avec le géant PORTEO BTP, ex-Nicolas Srouji Etablishment Côte d’Ivoire (NSE-CI), entreprise spécialisée dans la réalisation d’infrastructures routières.

ACET construit actuellement des caniveaux d’écoulement d’eau dans plusieurs rues d’Abidjan et procède aussi à la pose de pavés dans différents lieux. Avec un chiffre d’affaires dépassant le milliard de francs CFA pour l’ensemble des travaux effectués et en cours de réalisation en 2022, l’entreprise créée en 2018 est en train de terminer l’année sous de bonnes perspectives. En 2023, elle projette un chiffre d’affaires de 5 milliards de francs CFA. Assez d’offres sont déjà sur la table du groupe fondé par le jeune autodidacte.

Tout n’avait pas pourtant été rose. « À cette même période l’année dernière, j’avais des difficultés pour payer les employés. Cette année, grâce à notre vision, nous n’avons aucun souci », nous a expliqué Chifolo Silué, dimanche 30 octobre (jour de repos), sur un de ses chantiers, près du CHU d’Angré, à Cocody. Un directeur général qu’on voit souvent enfiler chasuble, chaussures de sécurité, casque de protection pour mettre la main à la pâte. L’enjeu en vaut la chandelle pour celui qui ambitionne de transformer dans quelques jours son groupe en société holding (ACET Holding).

Une force de résilience hors du commun

Si l’entrepreneur Chifolo Silué est sur le point d’être le roi du pavé en Côte d’Ivoire avec ACET Holdigng, le chemin qui l’a conduit à la spécialité était lui-même « pavé » d’obstacles. À commencer par son enfance à Sirasso, près de Korhogo, dans le Nord du pays. Son père est mort avant sa naissance d’une maman aveugle. Accusé de tous les noms d’oiseaux de mauvais augure, l’enfant est marginalisé par la communauté villageoise. Recueilli par son oncle, ce dernier lui trace un destin de cultivateur pendant que les autres enfants de son âge sont scolarisés. Il sera ensuite récupéré par un prêtre belge qui le confie à un autre couple pour adoption. Grâce au missionnaire Georges Lejeune, le petit Silué est inscrit à l’école et ne manque de rien.

En 1993, Chifolo Silué avait 11 ans lorsqu’un malheur le frappe à nouveau. Le Père Georges Lejeune qui subvenait à ses besoins fait un malaise à Yamoussoukro lors des obsèques du président Houphouët-Boigny. Pour ses soins, le missionnaire retourne en Belgique et y reste définitivement. Même s’il n’a pas coupé le contact avec son protégé à qui il expédie de l’argent en Côte d’Ivoire, ce départ précipité va avoir une conséquence regrettable sur les études du petit, alors en classe de CM2. Il abandonne l’école.

En 2010, la Côte d’Ivoire plonge dans une grave crise postélectorale. Avec son ami, Chifolo Silué décide d’aller en Europe, chez le prêtre. Leur route devait d’abord les mener au Cameroun où un couple ivoirien bien placé dans la hiérarchie sociale devrait les aider pour atteindre leur objectif. En chemin, une mauvaise nouvelle tombe : Silué est informé du décès du missionnaire belge par la sœur de ce dernier. Le périple des 2 jeunes s’arrête au Cameroun.

Dans la résidence de leurs hôtes à Douala, le comportement du natif de Sirasso est irréprochable. Il est poli. Sage. Le couple ivoirien l’adopte comme son propre enfant. Il lui donne presque tout. Lorsqu’il lui demande ce qu’il compte apprendre comme métier pour construire sa vie, Chifolo Silué répond qu’il veut s’initier à la fabrication et pose des pavés. Il sera confié à un fabricant local pour apprentissage. Durant sa formation, il fait la connaissance d’Éwondo Gertrude. Cette Camerounaise est aujourd’hui sa compagne avec qui il a eu 3 enfants. « Cette fille m’a beaucoup soutenu. Elle est avec moi sur le terrain depuis 10 ans », raconte le chef d’entreprise.

Le retour en Côte d’Ivoire

En 2014, Chifolo Silué revient en Côte d’Ivoire. Il rêve grand. Il s’associe avec 2 autres amis et ensemble, ils fondent PREMAB-Afrique. Cette SARL a pour objet la préfabrication de matériaux en béton : pavés de luxe, blocs en béton, béton prêt à l’emploi. La société a besoin d’argent pour l’acquisition des machines de production. Dans son business plan, il faut environ 1.2 milliard de francs CFA. Les associés se tournent vers la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) pour le financement de leur projet. L’institution sous-régionale juge insuffisant le montant contenu dans le plan d’affaires proposé. Au moins 4 milliards de francs CFA pour qu’elle s’y intéresse. Le rêve des 3 amis tombe à l’eau. Ils se sont ensuite dirigés vers la Tony Elumelu Foundation (TEF) qui finance des jeunes entrepreneurs africains. Les exigences de la Fondation de l’homme d’affaires nigérian n’ont pas permis à PREMAB-Afrique de maintenir une collaboration dans la durée. Face à l’échec, le groupe d’amis se disloque. Chacun décide de tracer sa propre voie.

« Entreprendre à zéro franc »

En 2017, Chifolo Silué est retenu par la Banque africaine de développement (BAD) pour une formation à son siège d’Abidjan sur l’entrepreneuriat jeunes. Les cours, axés sur « entreprendre à zéro franc », sont assurés par la Fondation africaine pour l’entrepreneuriat et le développement économique (FAFEDE) de l’économiste togolais Samuel Mathey. « C’est de cette formation que tout est parti. J’ai appris qu’il ne faut pas d’abord avoir des milliards de francs pour monter un business », se souvient le quarantenaire. La graine des affaires est semée en lui. Il veut commencer au bas de l’échelle et monter progressivement. À son propre rythme. L’année suivante, il crée le groupe ACET et décroche son premier marché de pose de pavés dans l’enceinte d’une entreprise. Puis, il est sollicité par le maire de Bingerville (près d’Abidjan) pour le même service. L’entrepreneur investit les premiers décaissements dans l’achat de matériels de travail. Notamment les moules pour la fabrication des pavés.

Une de ses réalisations à la mairie d’Adjamé, à Abidjan

D’autres contrats sont ensuite passés par les mairies d’Adjamé (Abidjan), Bondoukou (dans le Nord-Est) et de Tiassalé (Centre). Chifolo Silué est également sollicité par des particuliers dans d’autres parties du pays pour le revêtement des cours intérieurs de leurs domiciles. Mais il va déchanter. Certains clients sont de mauvais payeurs. L’argent ne rentre pas comme espéré. Il a des difficultés à faire face à ses charges. Comme payer ses employés.

Le coup de pousse inattendu de PORTEO BTP

En 2022, PORTEO (également présent dans la sous-région ouest-africaine) recherche un sous-traitant pour lui concéder la réalisation de ses chantiers les moins complexes. La stratégie de ce géant du BTP qui exécute actuellement le bitumage d’importants axes routiers en Côte d’Ivoire est louable. Permettre aux sociétés de petite taille d’avoir des marchés pour assurer leur croissance. Vingt-quatre entreprises font acte de candidature. Après évaluation, ACET sort du lot. Un projet de pose de pavés sur la voie d’entrée principale de la ville d’Agboville lui est confié. Montant du contrat : 200 millions de francs CFA. « En l’espace de 3 mois, nous avons réalisé ce que les autres sous-traitants trouvés sur place n’ont pas pu faire en une année », se félicite le jeune patron. PORTEO est satisfait du travail effectué par le groupe de Silué. D’autres offres avoisinant 1 milliard de francs lui sont passées. Cette fois, des caniveaux, bordures et béton imprimé s’ajoutent à la liste des commandes.

Des pavés fraîchement posés par ACET sur la voie d’entrée principale de la ville d’Agboville

Avec ce partenariat de sous-traitance, ACET respire la pleine forme. L’entreprise ne se fait plus de soucis pour payer chaque mois sa centaine d’employés. Rien qu’à Abidjan, les travaux à exécuter en 2023 pour le compte de PORTEO BTP laissent entrevoir un chiffre d’affaires de 5 milliards de francs CFA. Sans comptabiliser les ressources financières non négligeables que rapporterait le partenariat technique qu’ACET vient de signer avec CHIM-INTER [Challenge immobilier international] du magnat Yamoussa Coulibaly. De quoi donner à Chifolo Silué de voir encore plus grand. Dans quelques jours, sa boîte fera sa mue. Elle devient ACET Holding. Son usine de production de matériaux en béton, dont le coût estimé à 250 millions de francs CFA, est prévue s’ouvrir février prochain. Il compte l’équiper du Zenith 1500-2. Une machine allemande de dernière génération entièrement automatisée, capable de produire à la fois briques, parpaings, bordures et tout type de pavé.

Ici sur un de ses sites de production de pavés, ACET emploie et forme des dizaines de jeunes

À moyen terme, le jeune de 40 ans veut faire de son groupe une référence en Afrique avec un investissement global de 4.8 millions d’euros. Montant qui prendra en compte des centrales à béton prêt à l’emploi.        

OSSÈNE OUATTARA




One thought on “Chifolo Silué, le jeune ivoirien qui rêvait d’Europe, devenu roi du pavé de luxe avec sa holding

  1. Daouda Karil L

    Courage mon frère félicitations je sais que tu as du potentiel puisse god nous accordent une santé de fer et l’ouverture de grande opportunité tu as tout mon soutien ❤️❤️❤️

    répondre

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