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mercredi 21 août 2019
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Le président libérien fait face à sa première grogne sociale

Des manifestations dans une rue de Monrovia, ce vendredi 7 juin (Image: AFP)

Ce vendredi 7 juin, des milliers de Libériens sont descendus dans les rues de Monrovia pour obtenir de meilleures conditions de vie, premier test d’envergure pour George Weah, président d’un pays qui craint de voir resurgir les violences du passé. Des dizaines d’associations de la société civile et de jeunesse ayant porté l’ancien footballeur au pouvoir en janvier 2018 avaient appelé depuis 2 mois à manifester ce 7 juin. Les réseaux sociaux (Twitter et Facebook), très utilisés pour battre le rappel, étaient inaccessibles ce vendredi à Monrovia, selon des correspondants de l’Agence france presse (AFP).

Alors que les rues de la capitale du pays étaient inhabituellement désertes, les manifestants ont convergé vers Capitol Hill, siège des principales institutions du pays où ils étaient plusieurs milliers à la mi-journée. Les organisateurs n’ont pas souhaité avancer d’estimations, mais une source policière a évoqué quelque 4.000 participants. La communauté internationale s’inquiète d’une possible résurgence des violences, alors que le pays reste hanté par une guerre civile qui a fait quelque 250.000 morts de 1989 à 2003.

Élu successeur d’Ellen Johnson Sirleaf (2006-2018) sur un programme de résorption de la pauvreté et de lutte contre la corruption, l’ancienne star de football a promis garantir la sécurité et le droit de manifester. Mais George Weah a haussé le ton jeudi : « Les insultes et l’incitation à la violence ne seront plus jamais tolérées sous mon administration ».

Résorber la crise économique

Le président libérien a également défendu son bilan après un an et demi au pouvoir, invoquant le poids de l’héritage de l’administration précédente. « Nous ne méritons pas d’être punis pour avoir construit des routes pour des localités longtemps oubliées, avoir payé les frais d’examens de ceux qui ne peuvent se les permettre ou proclamer la gratuité dans les écoles publiques », a-t-il affirmé.

Les manifestants réclament des mesures pour résorber la crise économique, un tribunal spécial pour juger les responsables de la guerre civile et le renforcement de la lutte contre la corruption. Pour des raisons de sécurité, ils devaient présenter leurs doléances à la vice-présidente Jewel Howard-Taylor, ex-épouse de l’ancien chef de guerre et président Charles Taylor (1997-2003), plutôt qu’au chef de l’État. « Je reste à la maison pour m’assurer que mes enfants ne descendent pas dans la rue. J’ai de bonnes raisons d’avoir peur parce que, dans l’histoire de ce pays, les grandes crises commencent toujours par des manifestations et se terminent en graves violences », a confié un père de famille, Mustafa Kanneh. Pour le populaire animateur radio Henry Costa, fer de lance du mouvement, cette manifestation n’est qu’un début. « Nous ne quitterons les rues que lorsque nous aurons obtenu des résultats », a-t-il prévenu. Certains habitants ont pris leurs précautions. « Je suis venue me ravitailler pour 7 jours, on ne sait pas combien de temps ça va durer », s’inquiétait Samantha Wongbay, une jeune mère de 3 enfants.

« Sabotage économique »

« Le problème fondamental, c’est le cours du dollar américain », qui a doublé en 2 ans par rapport au dollar libérien, selon le professeur d’économie Samuel Vaye. « Avant, je pouvais nourrir ma famille pendant 1 jour avec 500 dollars libériens. Maintenant, avec 1.000 dollars, je n’y arrive pas », se désole Angeline Flomo, une mère de famille de 35 ans.

Des opérations monétaires hasardeuses conduites par la Banque centrale du Libéria (CBL) sous l’administration d’Ellen Johnson Sirleaf, puis sous Weah, n’ont fait qu’aggraver la situation. Cinq anciens responsables de cette institution, dont un fils de l’ex-présidente, ont été inculpés en mars de « sabotage économique ».

George Weah, qui s’est dit conscient des difficultés rencontrées par la population, a annoncé le 29 mai le lancement d’un programme d’aide du Fonds monétaire international (FMI), synonyme de « sacrifices », mais censé stabiliser l’économie. Il s’est aussi engagé à changer la direction de la CBL, à intensifier la lutte contre la corruption, et à maintenir la priorité accordée à l’éducation, à la santé, aux infrastructures routières et à l’investissement.

Source : LeMonde.fr




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