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mardi 15 juin 2021
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La CEDEAO jauge la santé de sa Réserve de sécurité alimentaire

La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) soigne ses perspectives sécuritaires en matière alimentaire. Elle organise à cette fin une conférence dédiée aux systèmes de stockage de ses pays membres. Le renforcement de ses réserves exprime le souci de l’organisation régionale ouest-africaine de pourvoir à la sécurité de ses populations « au-delà d’assurer des rendements pérennes ».

En ouverture de la conférence le 28 avril, le Commissaire à l’Agriculture, Sékou Sangaré, a averti que « la situation alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest reste structurellement à risques ». Plus positif, il a aussi rappelé que la production de la CEDEAO a représenté lors de la dernière campagne agricole une production supérieure à 74 millions de tonnes de céréales et 194 millions de tonnes de tubercules. Des chiffres en hausse. Si l’enjeu est de construire durablement la capacité de la région à affronter les crises à venir, c’est le constat de retards dans les mécanismes intra-régionaux qui interroge autant qu’il motive cette initiative.

L’importance de la Réserve régionale

La CEDEAO affirme son ambition de sortir de cycles d’insécurité alimentaire qui ont vu se succéder depuis 2005 la crise alimentaire du Niger, la flambée des prix qui a fait suite à la crise financière de 2008, jusqu’à « la crise actuelle qui frappe de nombreux pays de la région et concernerait plus de 18 millions de personnes vulnérables ».

L’organisation n’oublie pas les origines parfois conflictuelles de ces événements récurrents et inclut la crise pastorale de 2010 au titre des traumatismes qui ont motivé la création d’une Réserve régionale de sécurité alimentaire. Celle-ci est une des « lignes de défense » rendues possibles par la coopération régionale et dont font aussi partie les stocks de proximité et nationaux.

Le but est bien d’apporter les produits alimentaires en quantité et en qualité pour les populations vulnérables en situation de crise. Mais c’est la Réserve régionale qui revêt une importance particulière par son fonctionnement. Pensée comme un dispositif permanent, elle vise 3 objectifs. À commencer par « fournir une assistance alimentaire et nutritionnelle » en complément des actions entreprises dans les pays. Le deuxième est la mise en œuvre de mécanismes de solidarité entre les pays pour mobiliser et mutualiser les stocks nationaux dans une proportion d’au moins 5%, par une contribution sous forme de stocks physiques ou d’équivalents financiers, selon les capacités des pays.

Les stocks financiers sont d’ailleurs originalité de cette initiative ; ils permettent de faire face aux pénuries locales par des appels d’offres et des marchés passés dans la région ou ailleurs, en cas de pénurie. Cela vient en préalable au dernier objectif qui vise à atteindre une certaine souveraineté alimentaire de la région, connue depuis le Sommet mondial de l’alimentation en 1996 comme « le droit pour les peuples et leurs gouvernements de définir les politiques agricoles et alimentaires de leur choix ». La CEDEAO s’emploie aujourd’hui à traduire cette ambition en chiffres.

Pour pérenniser la Réserve, la Commission a visé dans un premier temps un objectif de 294.000 tonnes, atteint en 2020, cinq ans après son amorçage. L’exercice entier doit aboutir à terme à un stock partagé de 412.000 tonnes dont un tiers existera sous forme physique et deux tiers en équivalent financier.

Au programme de sa composition qui vise l’efficience nutritive, l’on trouve mil (28%), sorgho (27%), maïs (23%) et riz (22%), que peuvent rejoindre localement gari et farines enrichies. Cette politique d’achat privilégie les productions régionales et assume de « constituer un des débouchés prévisibles pour les producteurs ».

Sous sa forme actuelle, la Réserve se fournit pour 87% de son stock auprès de sources régionales dont 90% sont des exploitants privés. Depuis 2017, elle a fonctionné à 4 reprises au bénéfice du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Nigéria. Ce résultat intervient 9 ans après l’adoption par la CEDEAO de sa Stratégie de sécurité alimentaire.

Les capacités de stockage existent et de nombreux engagements sont pris. Notamment par l’existence de plans nationaux d’investissement dans chaque pays de la CEDEAO. Mais l’organisation reconnaît qu’aujourd’hui encore, son dispositif RESOGEST « peine à assurer la mobilisation des stocks nationaux de mutualisation ». Pourtant, l’appui financier est au rendez-vous depuis la création de la Réserve, avec une mise à disposition de 2015 à 2019 de 56 millions d’euros versés par la Commission européenne. Depuis, ce financement a été relayé par « une combinaison de ressources nationales, régionales et internationales ».

Les plans de la CEDEAO peuvent ainsi compter régulièrement sur un appui international. Ils constituent la quatrième ligne de la stratégie de sécurité alimentaire. Le G20 a exprimé son soutien et, dès le deuxième jour de la conférence, des agences onusiennes et des ONG humanitaires parmi lesquelles le PAM, l’UNICEF, OXFAM et le CICR ont fait connaître leur engagement à soutenir et accompagner les ambitions de la Réserve régionale. Elles ont salué la cohérence de cette initiative avec le deuxième Objectif de développement durable « Faim zéro » et affirmé leur volonté de s’« aligner sur la stratégie régionale ».

Demeure la question de la composante dite « première ligne de défense ». À savoir les moyens locaux de stockage et de distribution. Ceux-ci vont des installations gérées par les localités aux grands magasins, des lieux de stockage cités comme cruciaux par Ibrahima Coulibaly, président du Réseau des organisations paysannes et des producteurs d’Afrique de l’Ouest (ROPPA), et aux entreprises qui ont accepté de coopérer à l’approvisionnement en temps de crise aux côtés des producteurs. Pour faire entrer le secteur privé dans la gestion des risques, la sécurité alimentaire a aussi pour enjeu de commercialiser la participation des acteurs économiques.

NICOLAS BOUCHET pour magazinedelafrique.com




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