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mercredi 21 août 2019
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Un mouvement radical chiite interdit après des manifestations meurtrières

Lundi 22 juillet, une manifestation du Mouvement islamique du Nigéria a été réprimée, entraînant la mort de 8 personnes. Face à la répression des autorités et au manque de justice, la minorité chiite du pays pourrait se radicaliser via ces mouvements religieux.

Manifestation du Mouvement islamique du Nigéria à Abuja, le 23 juillet 2019

Au moins 6 manifestants, un journaliste et un policier ont été tués lundi 22 juillet, dans des violences qui ont éclaté pendant une marche organisée par le Mouvement islamique du Nigéria (IMN) pour obtenir la libération de son leader Ibrahim Zakzaky emprisonné depuis le 13 décembre 2015.

Samedi 27 juillet, le journal Punch affirmait qu’un tribunal d’Abuja avait autorisé le gouvernement à interdire le mouvement pour « terrorisme et activités illégales ». « Le gouvernement devait agir avant que la situation ne soit hors de contrôle, après avoir averti à de nombreuses reprises que les gens ne devaient pas se servir de la religion pour ne pas respecter les lois », a déclaré la présidence, dimanche, dans un communiqué.

Groupe révolutionnaire inspiré par la révolution islamique en Iran

« L’interdiction du Mouvement islamique du Nigéria n’a rien à voir avec l’interdiction aux nombreux chiites pacifiques et respectueux de la loi dans le pays de pratiquer leur religion », précise la présidence. « Des extrémistes qui ne croient pas aux manifestations pacifiques et utilisent au contraire la violence et les incendies criminels ont pris le contrôle » de l’IMN, « semant la peur et sapant les droits des autres ainsi que des autorités constituées », ajoute le communiqué.

Selon le journal Punch, les autorités doivent désormais  faire paraître l’ordonnance du tribunal au journal officiel et dans 2 journaux pour qu’elle entre en vigueur.

L’IMN, né en tant que mouvement étudiant en 1978 avant de muer en groupe révolutionnaire inspiré par la révolution islamique en Iran, est aujourd’hui encore proche de Téhéran et suscite une grande hostilité au Nigéria, où l’élite musulmane sunnite ne cache pas ses affinités avec l’Arabie Saoudite. Son chef Ibrahim Zakzaky est détenu après que des violences avaient éclaté pendant une procession religieuse. L’armée avait tiré, faisant plus de 350 morts, pour la plupart des chiites non armés, selon des organisations de défense des droits humains.

Des marches quasi-quotidiennes à Abuja

Avant l’annonce de la présidence, un haut responsable de l’IMN, Yahiya Dahiru, a condamné la décision du tribunal, la qualifiant de « développement dangereux », au cours d’une conférence de presse à Abuja. « Vous ne pouvez jamais stopper une idéologie, vous ne pouvez jamais stopper une idée, vous ne pouvez jamais stopper notre religion », a-t-il lancé. Soulignant que les manifestations ne cesseraient pas tant que Zakzaky ne serait pas libéré.

Ces derniers mois, des violences ont éclaté à plusieurs reprises lors de marches quasi-quotidiennes de l’IMN dans la capitale, alors que l’état de santé de Zakzaky soulève de plus en plus d’inquiétude. Fin octobre, des partisans de l’IMN avaient manifesté en masse à Abuja. La répression violente de la manifestation avait fait 47 morts, selon l’IMN et des observateurs. 6, selon les autorités.

La police nigériane a promis cette semaine de réprimer les « manifestations violentes » du mouvement et une forte présence des forces de sécurité était visible dans la capitale. Zakzaky et sa femme Zeenah Ibrahim sont en détention, bien qu’un tribunal fédéral ait ordonné en 2016 leur remise en liberté. Décision refusée par le gouvernement, qui a lancé de nouvelles poursuites pénales. Notamment pour homicide volontaire, un crime susceptible d’être sanctionné par la peine de mort.

Vers un Boko Haram chiite ?

Rejetée par une partie de la population, la communauté chiite (2% des habitants du Nigéria) fait l’objet de persécutions, notamment de la part de groupes salafistes comme Boko Haram. « Mais de la part des autorités, le caractère religieux n’est pas forcément déterminant dans cette répression. L’armée opère de la même façon avec tous les mouvements qui lui échappent et remettent en cause l’État », explique Corentin Cohen, post-doctorant à l’Université d’Oxford et spécialiste du Nigéria.

Face à cette violence, certains craignent une radicalisation du mouvement et la naissance d’un « Boko Haram chiite ». Une vision que tempère Corentin Cohen : « Pour le moment ils sont pacifistes et réclament la justice, ce n’est pas du tout la même logique que Boko Haram au début. Mais s’il y a un autre massacre, ou que le leader décède en prison, on peut craindre qu’une partie des fidèles décide de prendre les armes ».

FOFYE AKIMBONI, avec Jeune Afrique.




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