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mardi 15 juin 2021
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Un bilan économique solide

Déchargement de conteneurs au port de Cotonou

Un sacré coup de pouce avant les élections présidentielles. L’agence Moody’s relève sa notation sur la dette long terme et la dette senior du Bénin, de B2 à B1. Notation assortie d’un avis « perspective stable ». Ce qui signifie que le pays, une fois débarrassé des effets de la crise sanitaire, devra encore fournir quelques garanties. Notamment, en matière d’assiette fiscale, avant d’espérer une nouvelle amélioration de sa notation. À l’inverse, les risques sont faibles.

Les analystes fondent leur décision sur « un bilan solide en matière d’assainissement budgétaire et d’amélioration de la structure de la dette ». Bilan soutenu par une solide gestion des finances publiques, malgré la détérioration de quelques paramètres budgétaires en raison de la crise sanitaire. Le Bénin présente « une résilience économique croissante », et plus généralement, « de solides perspectives de croissance soutenues par les réformes structurelles en cours ».

Cette décision de Moody’s aura des conséquences sur les notations futures des institutions publiques et privées béninoises, dont le « plafond » de note est également relevé, de B2 à B1. Cela reflète l’opinion générale de Moody’s concernant le climat des affaires au Bénin : une faible empreinte du gouvernement dans l’économie, un cadre institutionnel encore fragile, bien qu’en amélioration, et le cadre stabilisateur qu’offre l’appartenance du pays à l’UEMOA sur les déséquilibres extérieurs. Les risques d’évasion fiscale et de convertibilité sont également limités par la garantie du Trésor français et l’ancrage du franc CFA à l’euro.

Revenant sur leurs motivations premières, les analystes de Moody’s considèrent que les autorités ont démontré leur capacité à mettre en œuvre un assainissement budgétaire significatif ces dernières années (hors 2020) : le déficit budgétaire a été ramené à 0,5% du PIB en 2019 contre 5,6% en 2015. Cette période a vu des réformes structurelles relatives aux 2 recettes publiques, et des dépenses soutenues par le FMI. « La détérioration des finances publiques liée à la pandémie, avec un déficit atteignant 5,1% du PIB en 2020, sera vraisemblablement temporaire », soulignent les analystes. L’engagement des autorités en faveur de l’assainissement budgétaire restera intact, tandis que le pays pourrait conclure un nouveau programme auprès du FMI après les élections présidentielles d’avril 2021.

Une dette maîtrisée

La reprise économique relativement forte devrait favoriser un rebond des revenus en 2021, tandis que les dépenses exceptionnelles diminueront. L’intention de ramener le déficit budgétaire au seuil de 3% du PIB de l’UEMOA d’ici 2022 semble « crédible », puisque l’essentiel de l’augmentation en 2020 était dû au budget déployé pour soutenir l’économie et lutter contre la pandémie.

En conséquence, le ratio de la dette du secteur public au PIB du pays pourrait se stabiliser à environ 46% en 2021 et diminuer lentement par la suite. Le risque de cristallisation de la dette des entreprises publiques dans le bilan de l’État reste faible, la dette des entreprises publiques et les garanties publiques représentant moins de 1% du PIB en 2020.

Néanmoins, il existe des faiblesses qui limiteront l’accès à une notation plus favorable, pendant quelques années. En ce qui concerne les revenus, le fardeau de la dette et les ratios d’accessibilité de la dette se sont considérablement détériorés au cours des 5 dernières années (dette sur revenus estimés à 327% et paiements d’intérêts sur revenus à 15,6% en 2020 respectivement) et restent au-dessus des autres pays notés B.

Leur détérioration reflète à la fois l’étroitesse de l’assiette fiscale du Bénin et le recours croissant à l’emprunt. « Cependant, les réformes structurelles visant à élargir l’assiette fiscale, ainsi que le soutien apporté par la reprise économique, devraient arrêter et finalement inverser quelque peu la détérioration ».

À l’inverse, la stratégie du gouvernement de cibler les financements libellés en euros continue de réduire le risque de change. La part de la dette publique libellée ni en CFA ni en euro est tombée à environ 28% à la fin de 2020, contre plus de 50% en 2016. Enfin, le besoin de financement brut du gouvernement ressort aujourd’hui à 10% du PIB, contre 8% en 2019.

Une croissance rapide dès 2021

Pour sa part, la résilience économique du pays est soutenue par la mise en œuvre des réformes structurelles incluses dans le Plan action du gouvernement 2016-2021. Ce PAG vise à ouvrir et à diversifier l’économie, ainsi qu’à améliorer les infrastructures et à éliminer les goulots d’étranglement dans l’environnement des affaires afin d’attirer davantage d’investissements privés.

Entre autres réformes structurelles, Moody’s attend du gouvernement la libéralisation du marché du travail, la modernisation du port de Cotonou, le quasi-triplement de la production cotonnière (sur la base de 2015) et l’amélioration du taux d’électrification à 53%. « Le Bénin fait partie des rares pays dont le PIB a augmenté en 2020 d’environ 2,3% », et ce, malgré la fermeture de la frontière avec le Nigéria.

Cette forte croissance est intervenue en dépit de la petite taille de l’économie béninoise, de la concentration sur l’agriculture et un revenu par habitant faible – bien qu’en hausse. « Nous prévoyons que la reprise économique du Bénin sera plus rapide que chez ses pairs, avec une croissance du PIB réel prévue de 5% en 2021, et supérieure à 6% par la suite », pronostiquent les analystes de Moody’s.

D’autre part, le déficit du compte courant du Bénin devrait rester autour de 4% du PIB et l’inflation autour de 2% au cours des trois prochaines années. Malgré les tensions politiques croissantes à l’approche de l’élection présidentielle d’avril 2021, « il est peu probable que le risque politique fasse dérailler le développement économique du pays étant donné l’opposition fragmentée ». Néanmoins, tous les risques sociaux ne sont pas écartés, prévient l’agence, qui pointe les retards en matière d’éducation, de pauvreté, de revenu, tandis que le pays présente un niveau élevé de chômage des jeunes.

MARIE-ANNE LUBIN pour magazinedelafrique.com




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