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dimanche 29 novembre 2020
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Deuil au Niger après la mort de 71 soldats près de la frontière malienne

Une nouvelle fois attaquée dans sa base d’Inatès, à 250 km de Niamey, près de la frontière malienne, l’armée nigérienne a perdu officiellement 71 soldats en quelques heures, dans la soirée du mardi 10 décembre. Les forces assaillantes ont fait la preuve de leur supériorité dans un combat où, pourtant, elles n’avaient pas l’avantage tactique.

Une opération sophistiquée

Bien renseignés, entraînés et commandés, elles ont conduit une opération sophistiquée, neutralisant d’abord la poudrière et le centre de transmission d’Inates. Privés de leurs munitions, dans l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur, les militaires ont été obligés, pour briser leur isolement, de donner l’alerte au poste d’Ayrou, à 80 km d’Inates, en envoyant un véhicule de liaison. Six heures après le début de l’assaut.

Pour autant, cela n’explique pas le lourd bilan de cette attaque. « Les armées du Sahel que nous formons depuis l’indépendance ne tiennent pas leur position quand elles sont attaquées », expliquait dès 2012 un officier français chargé de la coopération militaire avec le Mali. « Le problème n’est pas conjoncturel mais structurel : pas d’esprit de corps, mauvais encadrement, népotisme, corruption et défiance des gouvernants face une armée toujours susceptible de les renverser si elle était trop puissante ».

De retour d’une Opex au Mali, un officier français témoigne : « attaqués dans leur base, les Nigériens paniquent. C’est la débandade, sanglante, tandis que les GAT (groupe armé terroriste) s’emparent de leurs armes : blindés, fusils d’assaut et minutions ».

Des armées dangereuses pour les civils

Un diagnostic partagé par tous les spécialistes du sujet et que semble attester la série de défaites enregistrées par les armées du Mali, du Burkina Faso et du Niger, presque jour après jour depuis des années. « Ces armées sont faites pour les défilés et non pour défendre leur pays. Et quand elles mènent des opérations, les civils en sont les premières victimes », confie un fonctionnaire européen à Ouagadougou.

Le désarroi gagne Paris

En France, un vent d’inquiétude gagne les rangs de l’armée et de la diplomatie, bien loin de l’état d’esprit qui régnait après la victoire de Serval dans le nord du Mali, en 2013. La convocation par Emmanuel Macron, à l’issue du sommet de l’Otan, le 4 décembre, des cinq chefs d’États des pays du Sahel pour qu’ils « clarifient » leur position, à Pau, ce lundi 16 décembre, témoignait de cette nervosité qui domine les arcanes du pouvoir à Paris.

Pour la première fois depuis le début de l’engagement de l’armée dans le Sahel, en 2012, l’hypothèse du retrait des 4.500 soldats de la force Barkhane est « sur la table » comme il a été admis, mercredi 11 décembre, lors d’un briefing à l’Élysée.

La position française de plus en plus en fragile

Face à la pression exercée par Paris, la grogne gagne les chefs d’États du Sahel. Et la convocation assez peu diplomatique au sommet de Pau avait soulevé un tollé dans l’opinion publique malienne, burkinabé et nigérienne, renforçant le camp anti-France dans ces pays.

En vue de préparer cette réunion de Pau, le président burkinabé Roch Marc Kaboré a annoncé mercredi 11 décembre, que les cinq chefs d’États du Sahel se concerteraient avant de s’y rendre. Ce n’était pas de nature à rassurer l’Élysée sur sa capacité à « tordre le bras » de ses partenaires africains. L’attaque d’Inates et son terrible bilan ont permis à Paris de surseoir à cette explication qui ne s’annonçait pas si bien.

Les États-Unis, eux, montent en puissance dans la région. Selon l’AFP, qui cite une source diplomatique américaine, le 10 décembre, ils s’apprêtent à fournir au Niger des équipements militaires et 60 véhicules blindés, pour un coût total de 21 millions de dollars.

LAURENT LARCHER pour la-croix.com




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