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jeudi 22 octobre 2020
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Guinée : La riposte face au Covid-19 affaiblie par les dissensions politiques

Séance de désinfection contre le Covid-19 à Conakry, en avril 2020

La question de la manière dont la Guinée va devoir se sortir de la situation actuelle est clairement posée. Loin de proclamer l’union sacrée après des mois d’une crise politique meurtrière, le pays fait face à la progression du coronavirus dans un climat de discorde qui complique la riposte sanitaire à l’épidémie. « Il suffit qu’on dise que le gouvernement interdit quelque chose pour que la population le rejette », dit Hamidou Traoré, médecin dans un grand hôpital de Conakry.

Moins que d’autres, la Guinée ne peut se permettre les dissensions en ce moment en raison du fait qu’elle est un des pays les plus durement touchés par le Covid-19 en Afrique de l’Ouest. Ce samedi 9 mai, les autorités ont officiellement déclaré 2.042 cas de contamination et 11 décès. Mais les carences criantes du système de santé suscitent de vives inquiétudes.

Covid-19 après Ébola

La Guinée connaît les ravages épidémiques. Ébola y a tué 2.500 personnes entre fin 2013 et 2016. Pourtant, les messages de prévention du président Alpha Condé et du gouvernement ont du mal à passer. La faute à la pauvreté, à la nécessité de gagner sa vie au jour le jour, et au fatalisme. Mais aussi à la défiance envers les autorités, accentuée par la mobilisation contre le projet prêté au président Condé de briguer un troisième mandat fin 2020. Elle a fait des dizaines de morts entre octobre et mars.

Le gouvernement a instauré un couvre-feu nocturne, fermé les frontières, restreint les rassemblements et imposé le port du masque. Le président a annoncé un plan de soutien à l’économie et aux défavorisés.

Impréparation manifeste

Comme pendant Ébola, les dispositifs sommaires à partir de 2 seaux pour se laver les mains ont réapparu dans les rues. Cependant, l’application des gestes barrières reste aléatoire. La distanciation sociale est « presque étrangère à notre culture », analyse le sociologue Alpha Amadou Bano Barry. À ce jour, la maladie a surtout emporté des personnalités. Des ministres et des hauts fonctionnaires ont été infectés jusqu’à la présidence et les Guinéens ont pu penser que « c’est une maladie qui ne concerne que l’élite », poursuit-il.

Le virus passe pour avoir été importé par une élite habituée à voyager et peu encline à se faire soigner en Guinée. Encore moins quand elle voit circuler des photos montrant une saleté indescriptible dans le principal hôpital guinéen, en rénovation depuis 4 ans et rouvert précipitamment pour recevoir les malades du nouveau coronavirus. La pandémie a souligné des lignes de fracture béantes. Avant qu’elle n’arrive, un collectif, le FNDC, a fait descendre des masses de Guinéens dans les rues pour s’opposer à un troisième mandat de M. Condé. Avec l’épidémie, il a accepté de suspendre ces manifestations, souvent durement réprimées, mais s’inquiète maintenant que le pouvoir ne se serve contre lui de l’urgence sanitaire.

Accusation contre le chef de l’État

« Alpha Condé est plus préoccupé à mater le FNDC qui lui a tenu tête le 22 mars qu’à lutter contre le coronavirus », s’insurge l’Opposant Cellou Dalein Diallo. « M. Condé est passé outre à l’apparition du virus et à la réprobation internationale en maintenant ce jour-là des Législatives et un référendum constitutionnel contestés. Il a ainsi directement contribué à la contagion pour servir ses intérêts », soutient l’Opposition.

Malgré la pandémie, les arrestations arbitraires et les violences des services de sécurité ont continué, dénonce Human Rights Watch. Ces abus « exacerbent une méfiance déjà profonde envers les autorités, créant un obstacle supplémentaire à la lutte contre le Covid-19 », dit l’ONG.

La crise sanitaire nourrit les accusations sur les luttes de pouvoir, la corruption ou le détournement de l’aide internationale. « Le corona business a remplacé l’Ébola business », affirme Ousmane Kaba, président du Parti des démocrates pour l’espoir. Bouna Yattassaye, directeur général adjoint de l’agence sanitaire nationale, assure, lui, que l’expérience Ébola est mise à profit, que les centres de traitement de l’intérieur du pays ont été réactivés et que la Guinée va « doubler sa capacité en lits ». La multiplication des cas positifs montre que le choix des personnes testées est pertinent, dit-il. Avec un tissu social « fragilisé » par les tensions politiques, il admet redouter « que les mesures sanitaires soient mal acceptées et se retournent contre nous ». Mais, insiste Bouna Yattassaye dans une forme d’appel à la cohésion, « nous nous dirigeons vers le pic, c’est le moment de redoubler d’efforts ».




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