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mercredi 28 octobre 2020
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Bénin : La presse numérique dans le viseur des autorités

En début du mois, la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), instance de régulation des médias béninois, a publié un communiqué dans lequel il menace les « médias en ligne de mettre fin à toutes publications sous peine de se voir appliquer la rigueur de la loi ». L’institution dit constater « une création tous azimuts de médias en ligne sans autorisation préalable », mais reste floue sur les contours de cette nouvelle interdiction. « Il y a des gens qui ne répondent pas aux enquêtes de moralité », s’est défendu un porte-parole de la HAAC, Fernand Gbaguidi, lors d’une conférence de presse.

Léonce Gamaï, le manager général de Banouto, un site d’actualité et d’enquête très populaire dans le pays, dit vouloir « observer l’attitude de la HAAC ». Il a « mis en veilleuse » son site et a dû suspendre son équipe de 7 journalistes en attendant d’y voir plus clair. Mais, depuis une semaine, lui-même a perdu le sommeil. « Nous avons des engagements avec des partenaires et nous avons l’obligation de les honorer », désespère-t-il.

Le journaliste affirme ne pas comprendre cette décision. « Banouto existait déjà avant le cadre légal et nous avons rempli toutes nos formalités depuis un an », se défend-t-il. « Nous attendions la validation de la HAAC ». Léon Anjorin Koboubé, expert en communication, regrette cette décision et le fait que les médias en ligne doivent « payer pour la lenteur administrative ».

Ces obstacles sont une « façon de tuer les initiatives locales », estime l’expert. Il dénonce d’ailleurs une décision « anachronique et contre-productive, qui ne cadre pas avec le contexte technologique au XXIsiècle ».

Dans le monde des médias, beaucoup voient une manière pour le gouvernement de Patrice Talon, accusé d’avoir engagé le Bénin dans un tournant autoritaire, de resserrer l’étau sur la liberté d’expression. Plusieurs journalistes et blogueurs ont déjà été poursuivis depuis l’adoption, en avril 2018, d’une loi portant Code du numérique, criminalisant les délits de presse en ligne. Notamment le partage de « fausses informations » sur les réseaux sociaux.

En vertu de cette loi, Ignace Sossou, journaliste d’investigation pour le site Bénin Web TV, a été arrêté en décembre, après avoir relayé des propos critiques du procureur de la République à l’encontre du pouvoir sur Facebook et Twitter. Il avait finalement été condamné à 12 mois de prison, dont 6 mois ferme pour « harcèlement », bien que les propos retranscrits aient été tenus.

Le Bénin se trouvait au 113rang dans le dernier classement de Reporters sans frontières (RSF), perdant 17 places en 2019. L’ONG note que « depuis l’accession au pouvoir en 2016 du président Patrice Talon, les activités de l’Opposition sont très peu couvertes par la télévision d’État et les médias sont sous étroite surveillance ».




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