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lundi 6 décembre 2021
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La Banque mondiale évalue l’exécution du projet de développement de la filière cajou financé à 200 millions de dollars

La mission de la Banque mondiale dans une usine de transformation de noix de cajou à Yamoussoukro (dans le Centre de la Côte d’Ivoire), le 27 octobre 2021

Trois mois après la visite d’Ousmane Diagana (son vice-président en charge de l’Afrique de l’Ouest et du Centre) à Korhogo sur des chantiers déjà réalisés ou en cours d’exécution, la Banque mondiale a remis le couvert à travers son bureau d’Abidjan. Une équipe conduite par Jean-Philippe Tré, agro-économiste principal, a effectué une mission d’évaluation à l’intérieur du pays, du lundi 25 au vendredi 29 octobre. Des missions de contrôle qui interviennent après le prêt de 200 millions de dollars (107 milliards de francs CFA) accordé à la Côte d’Ivoire par l’institution de Bretton Woods en avril 2018 pour développer sa filière cajou à travers le Projet de promotion de la compétitivité de la chaîne de valeurs de l’anacarde (PPCA). Quel est le niveau d’exécution des grands axes inscrits à son ordre du jour à 2 ans de la clôture, en 2023 ?

Débutée dans le Nord-Est du pays, la mission de la Banque mondiale a ensuite mis le cap sur le Centre avant de terminer dans le Nord. Les localités visitées ont un dénominateur commun : lieux de production d’anacarde et bénéficiaires directs ou indirects du PPCA. Depuis le 24 janvier 2019, date de lancement officiel de ce programme par les services de la Primature, des résultats sont perceptibles dans chacune de ses composantes.

Des plateformes agro-industrielles dédiées à la transformation en cours de construction

La composante phare du PPCA est le segment « transformation locale » des noix brutes de cajou. À ce titre, 2 gros chantiers sont ouverts sur les 4 prévus : la construction en cours de la plateforme agro-industrielle de Bondoukou (Nord-Est) d’une capacité annuelle de plus de 50.000 tonnes et celle de Korhogo (Nord) de 80.000 tonnes.

Des privés ont déjà rejoint la dynamique du secteur de la transformation locale des noix brutes. De par sa situation géographique (à cheval entre les zones de grandes production) et facile d’accès par autoroute au départ d’Abidjan, la ville de Yamoussoukro (Centre) et ses encablures concentrent 4 unités industrielles de grandes capacités. L’unité de production d’amandes de 6.000 tonnes du Centre d’innovations et des technologies de l’anacarde (CITA) et l’ultramoderne Dorado Ivory de Toumodi complètent la liste. Mises ensemble, la capacité de transformation de ces usines avoisinent les 100.000 tonnes par an.

Ces gros investissements sont la conséquence des mesures incitatives prises par le gouvernement à travers le Conseil du coton et de l’anacarde (CCA). Là où certains investisseurs rencontreraient des difficultés (problèmes liés au foncier, approvisionnement en électricité, blocage administratif…), ce régulateur de la filière vient en appui dans une mission de facilitation. Cet appui institutionnel n’est pas réservé aux seules unités de grande taille. Implanter de petites unités de décorticage au sein des coopératives villageoises fait partie des projets. À Brobo, près de Bouaké (Centre), SOURALET en est bénéficiaire. Dans le cadre du PPCA, cette coopérative – comme une trentaine d’autres à travers le pays – a reçu un kit de décorticage pour la production d’amandes semi-finies. De quoi combattre la pauvreté en milieu rural.

La petite unité de décorticage de la coopérative SOURALET de Brobo (Centre) a bénéficié du soutien du PPCA

Amélioration quantitative et qualitative des noix

En vue d’augmenter significativement la production des noix brutes et améliorer en même temps leur qualité, le régulateur de la filière anacarde, par le truchement du PPCA, mène depuis 2018 des actions de réhabilitation des vergers vieillissants improductifs. Confié à l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADAER), le travail a consisté à faire « l’éclaircie des plantations » : l’abattage de certains arbres ou l’élagage de branches.

Dans les échanges directs avec la délégation de la Banque mondiale à Koboko (Nord-Est), puis à Angolokaha et Kanawolo (Nord) sous des anacardiers, 99% des agriculteurs ont affirmé avoir noté une nette augmentation de leurs productions de noix de cajou après le passage de la tronçonneuse dans leurs plantations. Certains ont formulé le souhait d’une poursuite de l’opération. Outre son incidence positive sur la productivité, la qualité de la noix a connu une amélioration. En effet, l’éclaircie réduit l’humidité dans les plantations, fait baisser les attaques des maladies et l’action des insectes nuisibles.

L’autre défi est le renforcement et la préservation des acquis dans un contexte marqué par des bouleversements environnementaux. Rendre résilients les anacardiers face aux dérèglements climatiques. Cela fait appel à la recherche pour mettre au point de nouvelles variétés végétales adaptées aux conditions extrêmes, plus résistantes aux bioagresseurs. Et la formation des producteurs aux nouvelles techniques culturales qui continueront à leur assurer des revenus. En partenariat avec le PPCA, le Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF) a pris les devants. Dans son champ-école, à Badikaha (Nord), l’équipe de la Banque mondiale a eu droit à une séance d’explication des travaux de recherches menés par le Centre au profit des paysans. Notamment, l’association de la cajouculture à la production de miel pour accroître les revenus des paysans, la restauration des sols dégradés en cultivant des légumineuses à croissance rapide, des alertes climatiques diffusées aux paysans pour les prévenir d’éventuels risques. À Koboko, les membres de la société coopérative locale des producteurs agricoles expérimentent la cohabitation soja-cajou à l’intérieur des champs.

Ici à Koboko (Nord-Est), la délégation est sur un champ où l’association soja-cajou est en expérimentation

Le Programme national de recherche sur l’anacarde (PNRA), un des autres axes du PPCA, s’inscrit dans le même registre de résilience. Les recherches effectuées par la station du Centre national de recherche agronomique (CNRA) de Lataha, près de Korhogo, ont abouti à la sélection de plants à haut rendement. Par le biais de communiqués publiés par le CCA, les personnes intéressées par la culture du cajou ont été invitées à s’en procurer auprès de pépiniéristes agréés présents dans les régions productrices.

Au cours de leur mission d’évaluation, les émissaires de l’institution de Bretton Woods n’ont pas eu le temps de rouler sur une des nombreuses routes rurales reprofilées par le PPCA en vue de permettre le transport aisé des noix brutes des villages vers le marché intérieur (les centres urbains). Dans la région de Gontougo (Nord-Est), des centaines de kilomètres de routes ont été réhabilitées, comme nous l’avons révélé dans un article publié en septembre 2019. Le pont construit sur la rivière Baya, et qui relie les localités de Landaye et Taoudi, témoigne du fait que le PPCA rapproche également les communautés.

Tout n’est pas rose

Tout n’est pas rose. La délégation de la Banque mondiale a pu noter quelques difficultés. Les travaux des plateformes industrielles de Séguéla (Centre-Ouest) et Bouaké ne sont pas encore lancés. À Yamoussoukro, un gros transformateur a relevé l’instabilité du courant électrique. Ce qui provoque des pannes au niveau des machines. La gestion des déchets industriels constituent également un problème. Notamment le traitement des eaux usées. Pour l’heure, la petite unité de décorticage de la coopérative SOURALET de Brobo est encombrée par un amoncellement de coques hautement inflammables. C’est un souci pour Jean-Philippe Tré et ses collègues de la mission. Sauvegarde de l’environnement oblige.

Maintenir la cadence

Dans la mise en œuvre du PPCA, des progrès ont été réalisés à tous les niveaux. Les premières déclarations de monsieur Tré, au terme de la visite, abondent dans ce sens. En attendant son rapport final et ses éventuelles recommandations. La Côte d’Ivoire est sur une bonne lancée, s’agissant du développement de sa filière cajou. Ne plus revenir en arrière.

Comparé au cacao qui se confond avec la naissance du pays, le secteur cajou est assez jeune. Cependant, la transformation industrielle des noix brutes se fait plus vite que n’ont été les fèves de cacao en 61 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire. En l’espace de 5 ans, le taux de transformation de l’anacarde est passé d’environ 6% à plus de 10% aujourd’hui, classant le pays 3e fournisseur d’amandes sur le marché international. Pour le cacao, c’est entre 30 et 40% de transformation en un demi-siècle.

Au rythme actuel du niveau d’accélération de la transformation, aucun kilogramme de cajou ne sera exporté à l’état brut dans quelques années. La Côte d’Ivoire n’en tirera que profit en termes de valeur ajoutée. Rien ne devrait casser la dynamique. Toutes les initiatives visant à soutenir la cadence doivent être maintenues ou renforcer.

OSSÈNE OUATTARA




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